L’art de nommer un personnage de roman (2/3)

comment bien nommer un personnage de roman 0

Nommer un personnage n’est qu’une infime part de sa caractérisation, et pourtant, la plupart des auteurs et scénaristes soignent ce choix, parce que mine de rien, un nom révèle bien plus de choses sur celui qui le porte qu’on veut bien le croire. Mais nommer ses personnages est un art plus subtil qu’il n’y paraît.

Nombreux sont ceux qui bloquent à cette étape : comment nommer un personnage de roman ?

Cet article fait partie d’une série de 3 articles :

  • Partie 1 : Les questions à se poser avant de nommer un personnage
  • Partie 2 : Quelques règles à respecter… et quand savoir les contourner
  • Partie 3 : Astuces pour bien nommer ses personnages

On a vu dans la première partie de l’article que le choix des noms dépendait fortement de plusieurs paramètres, dont le genre littéraire et le contexte socio-culturel du personnage.

Dans cette deuxième partie, on va s’attarder sur quelques règles respectées par les écrivains pour nommer leurs personnages, mais surtout l’art de savoir quand les contourner.

 

Quelques règles de nommage à respecter …

Commençons par une règle qui n’est toujours pas  respectée par tous les auteurs, notamment ceux de fantasy. Allez, un petit effort, vous devez voir ce dont je veux parler.

 

1 ) Un nom simple à prononcer

Le nom d’un personnage doit être simple à prononcer et à retenir. Il faut vraiment arrêter, dans les romans de fantasy, avec les apostrophes, les H, les voyelles qui se succèdent, et surtout, SURTOUT, les trémas !

Un nom complexe est difficile à lire, encore plus à retenir, et fait buter le lecteur sur le mot. Sortir le lecteur de l’histoire devrait être la dernière envie de l’écrivain.

Alors bien sûr, je ne vous dis pas de choisir des noms d’une syllabe non plus, mais calmez-vous vraiment sur les apostrophes et les trémas.

 

2 ) Une lettre par personnage

Il est d’usage commun dans un roman d’attribuer une lettre à chaque personnage, pour mieux s’y retrouver. Autrement dit, tous les personnages importants (donc ceux qui possèdent un nom) doivent avoir un nom qui commence par une lettre différente.

 

3 ) Pas de patronymes qui se ressemblent

Toujours pour éviter d’embrouiller le lecteur, il est d’usage d’éviter de cumuler les patronymes qui se ressemblent.

Par exemple, si l’un de vos personnages s’appellent Jean, on évitera de faire apparaître dans le récit des Jeannot, Jean-Paul, Jean-Eude, Gros Jean, Jean-Sans-Peur, etc…

Il en est de même pour les terminaisons : si vous avez un Alan dans votre récit, évitez d’y faire apparaître des Bryan, Dylan, Jonathan, etc…

 

4 ) Attention aux noms reconnaissables

Faites attention à ne pas utiliser de noms trop reconnaissables.

Par exemple, si votre voisin s’appelle Jean-Eude Bonvoisin (oui, comme c’est original 😉 ), évitez d’appeler votre personnage serial-killer-psychotique-paranoïaque de la même manière, sous peine de quoi votre voisin pourrait avoir une dent contre vous, voire vous poursuivre.

 

5 ) Attention aux emprunts

Avant d’utiliser un patronyme dans votre histoire, vérifiez si celui-ci n’a pas déjà été emprunté par un autre auteur. Soyez d’autant plus vigilants dans le genre littéraire similaire au votre, et ce afin d’éviter toute accusation ultérieure de plagiat.

 

6 ) Eviter les orthographes fantaisistes

On pourrait être tenté de transformer un prénom  en ajoutant un peu de fantasy, comme Caroline qui deviendrait Carholyn, ou encore Kharoleen.

Cela ajoute t-il vraiment quelque chose à l’histoire et au personnage ? Rien n’est moins sûr.

 

7 ) Eviter les prénoms anglais

Dans certaines oeuvres (hors oeuvres anglophones), les auteurs ont tendance à n’avoir que des prénoms et noms à consonnance anglophone. Seul problème : l’action se passe en Europe. Aïe, premier écueil!

Non, les noms anglais ne sont pas les seuls à être super classe. Et soyons honnête, si l’action se déroule en France, si tous les personnages sont anglais, c’est qu’il y a un soucis quelque part : qu’en est-il de la cohérence du récit dans ce cas ? Fiuuut! Envolée!

Qu’il y ait des noms anglais, ok, mais faites que ce soit justifié, et surtout donnez à vos autres personnages des noms français, espagnols, germaniques, etc… Regardez autour de vous : est-ce que l’on n’utilise que des prénoms d’origine latine dans votre entourage ? Je pense que non.

 

8 ) Eviter les prénoms ringards

Utiliser de vieux prénoms, c’est bien, c’est même honorable. Mais attention à tout ce que sous-entend un prénom. Si je vous donne les prénoms Gertrude, Lucette, Jacques, et Norbert, pensez-vous plutôt à de jeunes collégiens dans la fleur de l’âge, ou à des seniors ayant bien mérité leur retraite ?

Attention donc, dans les romans se déroulant à l’époque actuelle, ou dans les romans d’anticipation, à ce que les prénoms choisis soient bien en adéquation avec l’époque, l’âge, la culture et le milieu des personnages.

 

9 ) Attention aux anachronismes

Si vous écrivez un roman historique, se déroulant à l’époque médiévale, il serait totalement inapproprié qu’un Dylan côtoie des Gontrand, Cunégonde, Godefroy, Louis, Henri, Gautier, etc…

Faites l’erreur d’insérer un prénom anachronique dans un récit historique et cela créera immédiatement une dissonance cognitive qui fera sortir le lecteur du livre.

 

10 ) Surutiliser le symbolisme

Les noms symboliques, c’est bien, c’est puissant, mais s’il vous plaît, attention à ne pas surutiliser le symbolisme. Un traître qui s’appelle Judas, une fleuriste qui s’appelle Fleur Bourgeon, on repassera hein. Soyez plus subtils, jouez avec les codes et les clichés, surprenez les lecteurs !

 

11 ) Ne pas chercher à faire de références compliquées

Faire une subtile référence à une oeuvre, à un mythe ou une légende de votre monde imaginaire, à un point ésotérique, c’est louable, mais encore faut-il que cette référence soit captée par vos lecteurs.

Si c’est tellement compliqué que vous êtes le seul à comprendre, alors vous vous êtes plantés.

 

12 ) Eviter à tout prix les listes de personnages

Dans certaines œuvres, dont Dôme de Stephen King, on peut y voir, avant même que le récit commence, une liste assez fournie de personnages. On n’a pas commencé une ligne que l’on doit déjà retenir prénoms et noms d’une trentaine de personnages. Dur !

Et ce n’est pas mieux dans les 100 premières pages : des noms, répétés toutes les deux lignes, qui finissent par nous embrouiller sur qui est qui.

Allez au plus simple, et distillez vos informations avec parcimonie.

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… Et quand savoir les contourner

Les règles, c’est bien, mais il faut savoir parfois les contourner pour mieux surprendre le lecteur.

 

1 ) Utiliser des noms complexes

Parfois, utiliser des noms complexes ou à rallonge peut véritablement servir le récit, faire partie intégrante d’une culture de votre monde, ou servir de potentiel comique.

Par exemple, dans le jeu vidéo « Mass Effect », on rencontre à plusieurs reprises une journaliste, qui déforme nos propos, est hautaine et agace au plus haut point. Le jeu offre même la possibilité de lui coller une gifle. Comment s’appelle t-elle ? Khalisah Bint Sinan al-Jilani.

 

2 ) Utiliser la même lettre pour plusieurs personnages

Pour les besoins de votre récit, vous aurez parfois de nombreux personnages, passés et présents dont l’histoire se croise, s’entrecroise.

Faut-il se limiter à 26 personnages, vu qu’il y a 26 lettres dans l’alphabet ?
La réponse est NON !

Regardez George R. R. Martin : dans Le trône de fer, il a utilisé la même lettre pour nommer plusieurs personnages.

Après tout, si l’on jette un coup d’oeil sur notre Histoire, que voyons-nous ? Des Henri, des Louis et des Philippe à foison.

 

3 ) Utiliser des patronymes similaires

Utiliser des noms qui se ressemblent peut être une idée très intéressante, à la condition que cela réponde à une culture particulière de votre monde. Le nom de famille est peut-être un simple nom de distinction, qui peut changer. Peut-être qu’un prénom se terminant en -ar promeut un grand avenir selon les croyances. Du coup, on se retrouve avec des Bérar, Ongar, Treurar, Hilgar, Edgar, Rogar, etc…

 

4 ) S’inspirer de son environnement

Pourquoi ne pas regarder autour de vous, et vous inspirer des prénoms et noms de famille des personnes que vous croisez, des noms de lieux, villes et villages ?

Mais attention, à partir où une personne réelle est reconnaissable avec les emprunts que vous avez fait, c’est que vous n’avez pas bien fait votre travail. Revoyez votre copie.

 

5 ) Faire des clins d’oeil

Emprunter un nom à une oeuvre ou un personnage historique permet de faire des clins d’oeil intéressants, qui peuvent mettre en avant un trait de caractère particulier d’un personnage.

Par exemple, si j’appelle un scientifique Newton dans l’un de mes récits, je vais m’inspirer de ce qu’évoque ce nom, et du caractère de Newton afin de caractériser mon personnage.

 

6 ) Ajouter un peu de fantasy à des noms existants

Transformer un nom comme Caroline en Kharoleen, ou encore Kharo’Leen n’a que peu d’utilité et n’est que pure fantaisie. Cela n’a rien à faire dans les romans historiques, les romans contemporains, et les romans d’anticipation.

Pourtant, il y a une exception : Ajouter de la fantaisie à des prénoms existants permet justement d’avoir des noms de personnages de fantasy ! CQFD.

Dans une moindre mesure, cela peut aussi servir pour des oeuvres de science-fiction, mais attention tout de même à ce que le nom modifié ne paraisse pas trop compliqué, et qu’il soit facile à lire et prononcer.

 

7 ) Jouer des prénoms étrangers

Insérez un prénom d’origine étrangère dans votre récit, et amusez-vous avec. Faites questionner les personnages sur les origines de ce prénom, ajoutez des sous-intrigues autour de celui-ci, jouez avec les évocations de ces sonorités étrangères.

 

8 ) Donner un prénom ringard, et un seul

Dans le même ordre d’idée, donnez un prénom ringard à l’un de vos personnages, et faites réagir votre autres personnages à cette ringardise. Faites-les se moquer, Faites-en s’imaginer les origines nobiliaires (obligatoires ou non) que ce prénom laisse supposer. Encore une fois, jouez-en, mais jouez-en sciemment.

 

9 ) Toujours pas d’anachronisme

Non, toujours pas, désolé. Un anachronisme peut mettre à mal la cohérence de votre récit.

 

10 ) User de symbolisme

Le symbolisme peut vous permettre, si c’est bien fait, de caractériser vos personnages d’un simple nom. Mais soyez subtils, jouez avec les codes, évitez d’appeler tous vos antagonistes Blake, parce que OMG, c’est un méchant, il a forcément de la noirceur en lui.

 

11 ) Faire des références

Amusez-vous à faire des références dans les noms de vos personnages, et assurez-vous que ces références soient comprises par vos lecteurs. Evitez donc toute référence trop nichée, ou trop obscure pour pouvoir être comprise.

Vous pouvez aussi jouer sur les références qui ne peuvent être comprises que par certains personnages de votre récit, référence que vous expliquerez plus tard.

 

12 ) Faire une liste de personnages

Vraiment, évitez si possible de faire une liste de personnages, mais si jamais cela s’avère obligatoire, évitez absolument une liste du style :

  • Akhbar : bûcheron
  • Rogar : Epicier
  • Teesha : Herboriste

Préférez le faire à la manière de Tolkien, via un arbre généalogique.

Ou encore mieux, distillez vos informations et vos noms au fur et à mesure des pages.

 

Dans la troisième partie de cet article, je vous livrerais des trucs et astuces pour bien nommer ses personnages de roman à coup sûr.

Cet article fait partie d’une série de 3 articles :

  • Partie 1 : Les questions à se poser avant de nommer un personnage
  • Partie 2 : Quelques règles à respecter… et quand savoir les contourner
  • Partie 3 : Astuces pour bien nommer ses personnages

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